institut

Japon, années 1960 : alors que la Nouvelle vague emporte tout sur son passage, avec des films à petit budget tournés à l’énergie, les grands studios sont obligés de réagir. Et s’il était temps, pour eux, d’entrer dans la modernité ? Les cinéastes des majors vont profiter du vent de liberté qui se lève sur le pays pour se montrer vraiment audacieux. Ainsi, les films de Yasuzo Masumura vont avoir le goût de soufre, ceux de Kenji Misumi vont être d’une surprenante beauté formelle, ceux de Seijun Suzuki vont ruer dans les brancards, et les films de yakuza vont dorénavant se conjuguer au féminin. Quant à Kwaidan, il va revisiter le film de fantôme avec une maestria picturale stupéfiante. Le meilleur du cinéma japonais des années 1960, c’est aussi celui des grands auteurs de studio.

Pascal-Alex Vincent

Image ci-dessus : Lady Yakuza : La Pivoine rouge (Kosaku Yamashita, 1968)
Projections à l’amphithéâtre de l’École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence Félix Ciccolini
57, rue Émile Tavan
13100 Aix-en-Provence
Cinéma japonais, années 60
  • LA FEMME DE SEISAKU

    Seisaku no tsuma (Jap., 1965) 1h33
    Réal. Yasuzo Masumura
    Int. Takahiro Tamura, Ayako Wakao, Nobuo Chiba…

    Au début du XXe siècle, avant la guerre russo-japonaise, Okane devient la maîtresse d’un riche marchand pour aider ses parents à sortir de la misère. À la mort de celui-ci, elle revient au village mais sa mère et elle y sont désormais traitées comme des pestiférées…

    « L’écran large et le noir et blanc sont magistralement utilisés pour restituer la violence intrinsèque des événements et des hiérarchies. Le mode de narration adopté, des longs segments de récit (…) où le cinéaste épuise scrupuleusement chaque situation, projette insidieusement le spectateur vers un dénouement redoutable et brutal à la fois. »

    Jean-François Rauger, Le Monde
    La Femme de Seisaku
  • L'ANGE ROUGE

    Akai tenshi (Japon, 1966) 1h35
    Réal. Yasuzo Masumura
    Int. Ayako Wakao, Shinsuke Ashida, Yūsuke Kawazu…

    En 1939, pendant la guerre sino-japonaise, l’infirmière Sakura travaille dans un hôpital qui accueille des soldats blessés. Un soir, elle se fait agresser par un groupe d’hommes repartant au front le lendemain. Quelque temps après elle retrouve l’un d’eux dans un hôpital de campagne…

    « Aucun film ne se sera aventuré comme L’Ange rouge aussi loin dans la profanation et la désacralisation du corps humain (…) La guerre est évidemment le terrain privilégié où cette conscience se manifeste, et c’est au tournant du conflit sino-japonais, en 1939, (…) que prend place ce film effarant, ce véritable «  voyage au bout de la nuit  » (…), du grand Yasuzo Masumura, chaînon entre le cinéma de studio et l’esprit de la nouvelle vague japonaise. »

    Mathieu Macheret

    Suivi d’une discussion avec Pascal-Alex Vincent (spécialiste du cinéma japonais et auteur de deux Dictionnaires du cinéma japonais et d’un livre sur Yasujiro Ozu, parus chez Carlotta Films) samedi 21 mars à 14h30
    L'Ange rouge
  • TATOUAGE

    Irezumi (Jap., 1966) 1h26
    Réal. Yasuzo Masumura
    Int. Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto…

    La jeune Otsuya et son amant Shinsuke, fuient la maison familiale pour vivre leur amour et trouvent refuge chez Gonji, un escroc qui se prétend être leur ami. Gonji vend la jeune fille au tenancier d’une maison de geishas qui fait tatouer sur le dos d’Otsuya une araignée à tête humaine dans le but de briser sa volonté…

    « Tatouage et L’Ange rouge offrent deux écrins somptueux, dérangeants et morbides à celle qui deviendra sa muse dans 19 de ses films : la sublime Ayako Wakao. Rarement cinéaste aura si bien magnifié une actrice. Masumura en fera une figue puissamment érotique et libre. »

    Nathalie Dray, Libération
    Tatouage
  • LA BÊTE AVEUGLE

    Moju (Jap., 1969) 1h39
    Réal. Yasuzo Masumura
    Int. Eiji Funakoshi, Mako Midori, Noriko Sengoku…
    Interdit – de 16 ans

    Un sculpteur aveugle enlève et séquestre dans son atelier un modèle pour la soumettre à l’empire des sens afin qu’elle devienne une statue idéale…

    « Tiré d’un roman du grand Edogawa Rampo, l’Edgard Allan Poe nippon, La Bête aveugle est un moment cannibale à ranger entre Le Voyeur de Michael Powell et La Prisonnière d’Henri-Georges Clouzot : même aura surréaliste, même éclat pop’art, même folie maniaque. »

    Philippe Azoury, Libération
    La Bête aveugle
  • TUER !

    Kiru (Jap., 1962) 1h11
    Réal. Kenji Misumi
    Int. Shiho Fujimura, Mayumi Nagisa, Raizō Ichikawa…

    Rescapé d’un massacre, Shingo a été élevé dans la résidence du samouraï Takakura. Adulte, il est devenu invincible au sabre et participe à de nombreux combats…

    « Premier volet de la trilogie de la lame, Tuer ! est un jidai-geki éblouissant, et l’un des plus beaux films de son auteur. Tourné dans un magnifique Tohoscope, écrit par le grand Kaneto Shindō, le récit s’éloigne des figures imposées du film de sabre et se fait drame épique. Un concentré de noirceur, elliptique et baigné d’hémoglobine pourpre sombre. » (Cinémathèque française)

    Tuer !
  • LE SABRE

    Ken (Jap., 1964) 1h34
    Réal. Kenji Misumi, d’après Mishima
    Int. Raizō Ichikawa, Yūsuke Kawazu, Hisaya Morishige…

    Kokubu est choisi comme capitaine du club de Kendo d’une université, au détriment de Kagawa, pourtant mieux placé dans cette discipline. Ce choix a été dicté par le mode de vie ascétique de Kokubu, tout entier régi par des règles ancestrales de discipline et de devoir…

    « Voilà un film qui tranche dans la filmographie de Misumi : tourné dans un splendide noir et blanc, c’est l’une de ses rares œuvres à se dérouler dans un Japon contemporain – celui de Mishima, dont la nouvelle éponyme, issue du recueil Pèlerinages aux trois montagnes, sert de colonne vertébrale au récit. » (Cinémathèque française)

    Le Sabre
  • LA LAME DIABOLIQUE

    Ken ki (Jap., 1965) 1h23
    Réal. Kenji Misumi
    Int. Raizō Ichikawa, Michiko Sugata, Kei Satō…

    Un jeune jardinier, Hampei, apprend le maniement du sabre. Se révélant alors un redoutable assassin, il devient l’homme de main d’un grand vassal du château…

    « La conclusion de la « trilogie de la lame », après Tuer ! et Le Sabre. (…) Plus sombre que les deux précédents épisodes, d’un profond désespoir, La Lame diabolique déploie son romantisme noir dans une nature luxuriante (…). Un chambara épique et déchirant. » (Cinémathèque française)

    La Lame diabolique
  • CARMEN DE KAWACHI

    Kawachi Karumen (Jap., 1966) 1h29
    Réal. Seijun Suzuki
    Int. Yumiko Nogawa, Koji Wada, Tamio Kawachi…

    La beauté juvénile de la douce et naïve Tsuyuko ne cesse d’attiser la convoitise des hommes qu’elle croise. Elle décide alors de quitter son petit village de la province de Kawachi pour tenter sa chance à Osaka, où elle intègre un cabaret en tant qu’hôtesse…

    Entre critique sociale acerbe, drame avant-gardiste et comédie corrosive, Seijun Suzuki (La Marque du tueur) dessine avec tendresse et audace le portrait d’une jeune femme intrépide, rebelle et opiniâtre, petite sœur de la Loulou incarnée par Louise Brooks chez Pabst ou de Rita Hayworth dans Gilda. Une merveille féministe et subversive inédite en France.

    Carmen de Kawachi
  • LADY YAKUZA : LA PIVOINE ROUGE

    Hibotan bakuto (Jap., 1968) 1h38
    Réal. Kosaku Yamashita
    Int. Junko Fuji, Ken Takakura, Tomisaburo Wakayama…

    Sous l’ère Meiji (1868-1912), Ryuko Yano, fille du chef du clan Yano, voit son mariage annulé après l’assassinat de son père…

    Plongeant son héroïne au cœur d’un univers jusqu’alors réservé aux hommes, la saga Lady Yakuza redéfinit le film de yakuzas en costumes en le féminisant avec audace et raffinement. Huit films précurseurs sur les pas d’Oryu, la Pivoine Rouge, qui inspira le personnage culte de Lady Snowblood comme l’héroïne du Kill Bill de Quentin Tarantino. Nous vous proposons ici le premier et le troisième film de la série.

    Lady Yakuza : La Pivoine rouge
  • LADY YAKUZA : LE JEU DES FLEURS

    Hibotan bakuto : Hanafuda shōbu (Jap., 1969) 1h38
    Réal. Katō Tai
    Int. Junko Fuji, Ken Takakura, Kanjuro Arashi…

    Oryu se rend à Nagoya pour parfaire sa formation de yakuza au sein du clan Nishinomaru. Accusée à tort de tricher à cause d’une rumeur lancée par Otoki, mère d’une jeune aveugle sauvée par Oryu, cette dernière finit par gagner la confiance du chef de clan local…

    « Avec Tai Katō, la série redouble d’ambition formelle. L’humour a disparu, laissant place à une dramatisation de la violence et à une profonde mélancolie, comme en témoignent ces magistrales séquences enneigées. » (L’Étrange festival)

    Lady Yakuza : Le Jeu des fleurs
  • KWAÏDAN

    (Jap., 1964) 3h
    Réal. Masaki Kobayashi
    Int. Michiyo Aratama, Tatsuya Nakadai, Takashi Shimura…

    Quatre histoires de fantômes issues du folklore japonais : La Chevelure noire, Hoichi, Dans un bol de thé, La Femme des neiges…

    Kobayashi invoque des fantômes qui hantent autant les paysages que la mémoire. Quatre récits de serments brisés et de passions destructrices, déployés en visions picturales, où chaque couleur, chaque silence, pèse comme un sort. Une odyssée funèbre inoubliable. Prix spécial du jury au Festival à Cannes 1965.

    En avant-première (ressortie au mois de juillet), séance unique dimanche 22 mars à 14h30 présentée par Pascal-Alex Vincent

    Kwaïdan
Institut de l'image
Cité du livre 8 - 10, rue des Allumettes 13098 Aix-en-Provence cedex 2 - 04 42 26 81 82
Institut de l'image Cité du livre